Le lauréat du prix Nobel de la paix 2026 sera annoncé vendredi à Oslo. Voici quelques-uns des lauréats les plus connus - ainsi qu'une personnalité qui n'a pas remporté le prix, mais qui aurait dû l'obtenir.
MARTIN LUTHER KING - 1964
Le leader du mouvement américain pour les droits civiques était "la première personne dans le monde occidental à nous avoir montré qu'une lutte pouvait être menée sans violence", avait déclaré Gunnar Jahn, alors président du comité Nobel.
"Il est le premier à avoir fait de l'amour fraternel une réalité au cours de son combat, et il a transmis ce message à tous les hommes, à toutes les nations et à toutes les races."
À 35 ans, il était également le plus jeune lauréat du prix Nobel de la paix à l'époque. Celle qui détient aujourd'hui ce record est la militante pakistanaise en faveur de l'éducation Malala Yousafzai, qui avait 17 ans lorsqu'elle a remporté le prix en 2014.
HENRY KISSINGER ET LE DUC THO - 1973
Parmi les distinctions les plus controversées figure celle décernée en 1973 au haut diplomate américain Henry Kissinger et à Le Duc Tho, du Nord-Vietnam, pour avoir conclu les accords de paix de Paris en janvier 1973, qui prévoyaient notamment le retrait militaire américain du Sud-Vietnam.
La décision du comité a choqué de nombreuses personnes à l'époque, Henry Kissinger ayant joué un rôle majeur dans la stratégie militaire américaine durant les dernières années de la guerre du Vietnam (1955 à 1975).
Le Duc Tho a refusé le prix au motif que la paix n'était pas encore rétablie. Deux des cinq membres du comité ont démissionné en signe de protestation.
Bien qu'ayant accepté le prix, Henry Kissinger a refusé de se rendre à Oslo pour la cérémonie de remise et a tenté par la suite, en vain, de le restituer.
Des documents internes rendus publics en 2023 ont révélé que le comité de l'époque avait décerné le prix en sachant parfaitement que la guerre du Vietnam n'était pas près de prendre fin.
AUNG SAN SUU KYI - 1991
Aung San Suu Kyi a été l'une des nombreuses militantes des droits humains à recevoir le prix Nobel de la paix dans les années 1990. L'une des rares femmes à avoir obtenu cette distinction, elle a été récompensée pour son combat non violent en faveur de la démocratie face à la dictature militaire au Myanmar.
Pendant des années, elle a été considérée comme l'une des personnalités les plus méritantes à avoir reçu le prix, mais cette image a changé après que l'armée du Myanmar a perpétré en 2017 des massacres et des viols collectifs "avec une intention génocidaire" contre la minorité musulmane rohingya, selon une enquête des Nations unies.
Aung San Suu Kyi, qui dirigeait alors le gouvernement civil du Myanmar, a été critiquée pour ne pas avoir dénoncé la répression menée par l'armée contre les Rohingyas.
En 2021, à la suite d'un coup d'État militaire, Aung San Suu Kyi a de nouveau été arrêtée. Âgée de 81 ans, elle est détenue depuis lors et sa santé se détériore, selon son fils.
NELSON MANDELA - 1993
Le prix Nobel de la paix a souvent été source de controverses mais la plupart s'accordaient à dire en 1993 que l'attribution de ce prix à Nelson Mandela était "une évidence", selon Geir Lundestad, alors secrétaire du Comité Nobel norvégien.
Nelson Mandela a passé 27 ans en prison et a continué à plaider pour une transition pacifique afin de mettre fin à l’apartheid en Afrique du Sud.
Ce qui était moins évident, en revanche, était de lui attribuer le prix conjointement avec Frederik Willem de Klerk, dernier dirigeant blanc de l'Afrique du Sud, a écrit Geir Lundestad dans ses mémoires publiées en 2015.
Nombreux étaient ceux qui estimaient que Nelson Mandela aurait dû être le seul lauréat, tandis que d'autres étaient d'avis qu'il ne pouvait pas instaurer la paix sans un interlocuteur, a rapporté Geir Lundestad. Finalement, le prix a été décerné aux deux hommes afin d'encourager la transition pacifique vers une Afrique du Sud démocratique, transition qui n'était pas encore achevée au moment de la remise du prix.
MAHATMA GANDHI
Il a figuré à cinq reprises sur la liste interne des candidats examinés par le comité, qui était prêt à lui attribuer le prix en 1948, l'année de son assassinat, selon Geir Lundestad.
Le comité aurait encore pu lui attribuer le prix à titre posthume – cela était possible à l'époque, mais ne l'est plus aujourd'hui – mais il ne l'a pas fait.
Selon Geir Lundestad, cela pourrait s'expliquer par le fait que le comité ne souhaitait pas froisser le Royaume-Uni, proche allié de la Norvège et ancienne puissance coloniale en Inde, ou parce que les positions de Mahatma Gandhi pouvaient être perçues comme trop "étrangères" ou "antimodernes" par les membres d'un comité centré sur l'Europe.
La violence liée à la partition de l'Inde pourrait également avoir joué un rôle, a-t-il estimé. Au moins un million de personnes ont été tuées et quinze millions ont été déplacées.
Quoi qu'il en soit, "parmi les occasions manquées, Mahatma Gandhi est à part", a écrit Geir Lundestad dans ses mémoires. "Il est bien sûr extrêmement regrettable que le principal porte-parole de la non-violence du XXe siècle n'ait jamais reçu le prix Nobel de la paix."
(Reportage Gwladys Fouche, version française Elena Smirnova, édité par Benoit Van Overstraeten)

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